Afghanistan : À moins que des mesures urgentes ne soient prises, les progrès réalisés dans l'éducation des filles sont menacés, préviennent les groupes d'aide humanitaire
Thu, 05/26/2011 - 09:27 — industrial
Feb 24, 2011
Les ONG demandent aux gouvernements de ne pas abandonner les filles alors qu'ils s'apprêtent à retirer leurs troupes
Les progrès réalisés dans l'éducation des filles, une des rares interventions couronnées de succès en Afghanistan au cours des neuf dernières années et qui est essentielle au développement et à la stabilité du pays à long terme, sont menacés, ont déclaré aujourd'hui 16 organisations d'aide humanitaire, parmi lesquelles figurent Oxfam et CARE, dans un nouveau rapport.
Le rapport « High Stakes » constate une perte progressive des gains obtenus par l'éducation des filles en raison de la pauvreté, de l'insécurité grandissante, du manque d'enseignants, du peu d'attention accordé à l'éducation postprimaire et des écoles mal équipées. Les conclusions se basent sur un sondage effectué auprès de plus de 1600 filles, parents et enseignants dans 17 des 34 provinces de l'Afghanistan.
Plus de 2,4 millions de filles sont inscrites à l'école, alors qu'il n'y en avait que 5000 en 2001 – soit 480 fois plus. Bien que ces chiffres soient encourageants, les filles afghanes qui désirent fréquenter l'école doivent toujours affronter de nombreux obstacles avant d'y parvenir. La qualité de l'enseignement varie grandement, les cours sont souvent donnés dans de piètres conditions et près d'un demi-million de filles inscrites ne fréquentent pas l'école sur une base régulière. Les agences demandent au gouvernement afghan et aux donateurs de renouveler leurs efforts pour que les filles restent à l'école et aussi d'améliorer la qualité de l'éducation qu'elles y reçoivent.
« Les filles afghanes sont avides d'apprendre : près des deux tiers de celles à qui nous avons parlé disaient vouloir compléter des études universitaires. Cependant, le système éducatif fait aujourd'hui face au plus grand défi qu'il ait eu à relever depuis 2001. Nous constatons que certains des gains réalisés par les efforts visant à rendre l'école accessible aux jeunes filles afghanes motivées sont remis en cause. C'est un épouvantable gaspillage de talent et de potentiel » a déclaré Neeti Bhargava, responsable du programme national d'Oxfam en Afghanistan.
Les personnes interviewées ont dit que l'obstacle le plus important que devaient affronter les filles était la pauvreté et qu'il s'agissait de la principale raison qui les poussait à abandonner leurs études. Les mariages forcés et l'insécurité suivaient de près. Plus de 40 pour cent des personnes mentionnaient que les filles devaient quitter l'école pour aider à subvenir aux besoins de leur famille ou parce que leur famille était trop pauvre pour payer des nécessités comme le transport ou l'uniforme.
L'éducation que reçoivent celles qui poursuivent leurs études est de piètre qualité en raison du manque de personnel enseignant féminin formé, d'écoles réservées aux filles et de fournitures de base. Seulement 30 pour cent des enseignants sont des femmes et la grande majorité d'entre elles travaillent dans les grands centres urbains ou leurs banlieues, et plus du tiers résident dans la capitale, Kaboul. En revanche, dans la province très instable de Khost, situé à la frontière du Pakistan, seulement 3 pour cent des enseignants sont des femmes. Dans la province voisine de Paktika, la situation est pire encore avec seulement 1 pour cent.
Plus de 40 pour cent des filles interviewées ont dit que leur école ne disposait pas d'un bâtiment et que l'enseignement des enfants se faisait en plein air ou dans des structures temporaires. Le rapport constate que les filles vivant en région rurale sont les plus démunies – un peu moins de 10 pour cent de celles de la province de Balkh fréquentent une école qui dispose d'un bâtiment, comparativement à trois quarts de celles qui vivent à Kaboul. Certaines déclaraient prendre trois heures à l'aller et au retour pour se rendre à l'école la plus proche.
Les agences humanitaires préviennent que l'intensification du conflit, qui se répand aux zones auparavant sécuritaires situées dans le centre, le nord et l'ouest du pays, empêche de plus en plus les filles d'aller à l'école. Plus du tiers des personnes questionnées considéraient l'insécurité comme un obstacle majeur. Des écoles, surtout celles réservées aux filles, ont été ciblées, de sorte que beaucoup de parents gardent leurs filles à la maison, par crainte pour leur sécurité.
Le rapport fait aussi mention du fait qu'au lieu de renouveler les efforts visant à favoriser l'éducation des filles et le développement à long terme, beaucoup de donateurs majeurs se concentrent de plus en plus sur des interventions visant à accroître la stabilité et contrer l'insurrection. Comme plusieurs nations membres de l'OTAN et dont les troupes sont sur place se focalisent sur le transfert progressif des responsabilités relatives à la sécurité vers le gouvernement afghan et sur le retrait de leurs troupes d'ici 2014, les agences se disent profondément soucieuses quant au fait que l'aide humanitaire offerte à l'Afghanistan pourrait diminuer quand les troupes internationales auront quitté le pays.
« Nous devons veiller à ce que les filles afghanes aient un tableau noir devant les yeux et non de sombres perspectives d'avenir. En ajoutant plus de femmes enseignantes dans les classes et en augmentant le nombre d'écoles réservées aux filles, ces dernières pourront poursuivre leurs études. Il est crucial que les gouvernements donateurs continuent à appuyer le développement, en particulier l'éducation, même après le retrait de leurs troupes. Les investissements en éducation sont cruciaux pour l'avenir de l'Afghanistan. Une femme scolarisée est plus apte à revendiquer ses droits, élever une famille en santé et faire sa part dans l'économie », a dit Jennifer Rowell, coordonnatrice de la défense des droits pour CARE en Afghanistan.
Pour de plus amples renseignements ou pour faire des entrevues avec un porte-parole, veuillez communiquer avec :
Alexandra Lopoukhine, gestionnaire des communications de CARE Canada, cell. : 613.799.7562
Note à l'intention des journalistes :
Cette recherche fut réalisée sous la direction d'Oxfam, et élaborée et effectuée conjointement par 13 autres ONG afghanes : ACSF, ADA, APDA, AWN, AWSE, AAWU, CCA, CoAR, CHA, ECW, LCSAWC, SDO, Shuhada – en partenariat avec CARE et SCA.
Au total, 630 parents, 332 enseignants, 687 jeunes filles et 105 membres des communautés furent interviewés de mai à juillet 2010 dans 17 provinces : Badakhshan, Badghis, Balkh, Bamiyan, Daikundi, Ghazni, Herat, Kabul, Kandahar, Khost, Kunar, Kunduz, Nangarhar, Pansjir, Parwan, Samangan et Takhar.
Les filles poursuivant des études secondaires ou postsecondaires soient celles qui affrontent les défis les plus importants. Bien que 1,9 million de filles afghanes sont inscrites à l'école primaire, leur nombre chute à un peu plus de 400 000 au niveau secondaire de premier cycle, puis à seulement un peu plus de 120 000 au niveau secondaire de deuxième cycle. Quand elles atteignent l'âge de 18 ans, seulement 18 pour cent des filles poursuivent leurs études, comparativement à 42 pour cent des garçons.
L'Afghanistan est accablé par l'un des plus hauts taux de mortalité infantile au monde, et pourtant les études estiment que ce taux diminue de 5 à 10 pour cent pour chaque année additionnelle de scolarisation des filles. Une étude récente effectuée par la Banque mondiale dans 100 pays a démontré que le fait d'accroître de 1 pour cent la proportion des femmes ayant un niveau de scolarisation secondaire fait en moyenne augmenter les revenus par habitant de 0,3 pour cent.

